Le site néolithique du Baratin

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Présentation du site par Jean Guilaine, professeur honoraire au Collège de France élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres

1. La Fondation archéologique Pierre Mercier existe aujourd'hui parce qu'associée au site néolithique du Baratin découvert par Pierre Mercier. Pourriez-vous nous raconter cette découverte ?

C'est en 1969 que Pierre Mercier découvrit dans la propriété de ses parents, au lieu-dit « Le Baratin » un site attribuable au Néolithique ancien cardial. A cette époque, les « sites de plein air » relevant de cette culture étaient très rares en France. Pierre Mercier vint présenter ses trouvailles à Sylvain Gagnière, alors Directeur des Antiquités Préhistoriques de la région Provence. S. Gagnière reconnut l'intérêt des documents et fit appel à Jean Courtin, alors Chargé de Recherche au CNRS, pour prendre en main l'étude du gisement.

2. Comment les fouilles ont-elles été menées ?

De 1970 à 1972, Jean Courtin y conduisit les premières campagnes de fouilles. Il y mit au jour diverses installations domestiques : aménagements de galets de quartzite ayant été au contact du feu, sans doute dans le cadre d'activités de cuisson, fosses comblées également de pierres chauffantes, foyers, fosses de rejet. Une aire sub-circulaire, de 16 m², limitée en périphérie par des trous de piquets, fut alors dégagée : elle comportait deux niveaux de galets brûlés reposant sur une couche de cendre. On l'a interprétée comme l'infrastructure d'une habitation. Les nouvelles fouilles débutées à partir de 1990 par Ingrid Sénépart ont révélé de leur côté l'existence d'un vraisemblable sol de maison dont la limite était bien marquée par une accumulation de galets et de fragments de molasse pouvant provenir de la dégradation de murs en terre. Quatre foyers successifs auraient fonctionné au cœur de cette installation.

3. Quel matériel archéologique a été mis au jour ? Ces objets sont-ils exposés dans un musée ?

Les matériaux mis au jour comportent de l'outillage lithique (haches polies, outillage de pierre taillée en silex), des instruments en os et, bien entendu, de la céramique, c'est-à-dire des matériaux classiques des débuts du Néolithique (6e millénaire). Des datations au radiocarbone situent les occupations du gisement entre 5 360 et 5 080 avant notre ère. Les documents sont conservés au Dépôt de Fouilles d'Orange et au Muséum d'Histoire Naturelle de Marseille. Leur regroupement est envisagé.

4. Qu'est-ce qui caractérise le Néolithique et la période du site du Baratin ?

Le site du Baratin a été le premier établissement « de plein air » du Néolithique ancien étudié en France méridionale. On l'attribue au Néolithique dit « cardial » (parce que la céramique y est majoritairement décorée d'impressions obtenues avec le dos d'une coquille de carde-cardium, mollusque marin). On sait aujourd'hui qu'il a existé dans le Sud de la France des occupations néolithiques un peu plus anciennes que ce « Néolithique cardial », datées vers 5 700-5 600 avant J.-C. Toutefois le Néolithique de Baratin montre l'existence d'agro-pasteurs bien installés dans des secteurs propices au développement de l'économie agricole et pastorale.

5. Peut-on parler d'un Néolithique « provençal » ou en tout cas un Néolithique spécifique à l'aire géographique PACA ?

Ce Néolithique ancien cardial n'est pas particulièrement provençal. Il se rattache à un grand complexe culturel dit « Cardial franco-ibérique », étalé de la Provence au Portugal, de préférence dans les régions bordières de la Méditerranée et du Sud-Ouest ibérique. C'est à cette période que la culture du blé et de l'orge, l'élevage des chèvres, moutons et bœufs s'est enracinée dans ces régions de la Méditerranée occidentale.

6. Pourriez-vous préciser en quoi ce site est important pour le Néolithique en PACA ?

Ce site est important parce que les connaissances sur cette période et cette culture sont généralement obtenues à partir de sites en grotte ou sous abri c'est-à-dire des sites occupés de façon temporaire, lors de déplacements spécifiques de faible durée (abris de chasse, grottes-refuges, grottes-bergeries occupés lors de haltes provisoires). Pendant longtemps les fréquentations de ces sites laissaient entendre que cette première économie de production était restée encore très « mobile ». Découvrir et fouiller des sites comme le Baratin a l'avantage d'étudier à travers ces « proto-villages » l'aspect plus sédentaire, « villageois », de la culture concernée.

7. Existe-t-il des sites comparables en France ou en Europe ?

Bien sûr. Le Néolithique a essaimé en Europe à partir de l'épicentre proche-oriental, lieu de domestication des céréales, des légumineuses et des ongulés domestiques. Des fermiers ont ainsi progressivement occupé, au cours de générations, des territoires de plus en plus lointains en regard de l'aire orientale de départ. L'Europe a ainsi été peu à peu convertie à l'agriculture. Ces pionniers cultivateurs ont implanté des fermes ou des petits « villages » dont ils exploitaient le territoire environnant. Deux grandes voies ont joué dans cette diffusion : le Danube, axe de pénétration terrestre en Europe tempérée, la Méditerranée, axe de propagation plus « maritime ». Le Baratin est un site résultant de transferts de techniques et de savoirs qui ont traversé la Méditerranée pour parvenir sur les rivages de Provence.

8. Le site est-il encore fouillé ?

Le site a été fouillé à partir de 1990 par Ingrid Sénépart, d'abord attachée au Muséum de Marseille puis chercheur au Service d'Archéologie de cette ville. Ses interventions sur le terrain ont duré jusqu'en 2005.

9. Quel est l'avenir de ce site archéologique ? Sera-t-il visible par le grand public ?

Il serait intéressant de reprendre les fouilles de ce gisement après avoir dressé le bilan des recherches antérieures. S'impose au premier chef la protection des structures mises au jour lors des travaux de terrain. Ces aménagements sont fragiles et risquent de se détériorer si on les laisse se dégrader. Un ou plusieurs abris de protection pourraient efficacement en permettre la conservation. La présentation au public n'est pas irréaliste mais suppose auparavant une politique d'aménagement et de valorisation permettant d'en faire saisir l'intérêt. Pourquoi pas aussi un Musée de site ?

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